La finance au service du monde de demain : s’endetter, oui, mais pour investir et se transformer | Mews Partners

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Cette série d’articles propose une perspective sur la façon dont la finance peut venir en soutien de l’économie suite à la crise du COVID 19. Nous démarrons notre réflexion par un point de vue sur la question du rôle de la dette publique.

L’Insee a publié fin avril les chiffres d’évolution du PIB de la France au premier trimestre 2020 : une baisse de 5,8%, après 14 jours de confinement. La perspective du gouvernement français pour l’année 2020 est une baisse du PIB de 8%, tandis que le FMI estime la baisse dans la Zone Euro à 7,5% et au niveau mondial à 3%.

8% de PIB en moins, cela représente un besoin de financement potentiel d’environ 220 Milliards d’Euros. L’Etat débloque aujourd’hui 110 Milliards d’Euros pour faire face à la crise : est-ce suffisant ? La dette publique prévue cette année est de 323 Milliards d’Euros, et il va falloir ajouter à cela 90 Milliards d’Euros pour gérer la crise, et atteindre ainsi un ratio d’endettement estimé à 115% du PIB : doit-on s’en inquiéter ? jusqu’où peut aller notre endettement ?

Un endettement défini pour faire face à la « perte d’exploitation » conjoncturelle de l’année 2020

Un plan de relance de 110 Milliards d’Euros reste nettement inférieur à la perte de PIB, et donc n’est en rien excessif par rapport à l’ampleur de la crise. Pour autant, est-il suffisant ? Cela ne permettra pas d’effacer tous les impacts de la crise, et nous serons donc confrontés à des baisses de revenus, et une mobilisation de notre épargne. Ce qui est financé par cette dette pourrait se comparer à ce qu’on appelle une « perte d’exploitation » dans le monde de l’Entreprise : en effet, nous sommes confrontés cette année à une double pénurie d’offre et de demande, conséquence du confinement. L’Etat doit aussi faire face à des dépenses exceptionnelles : achat de masques de protection, de médicaments, de tests etc … Le « compte d’exploitation » de l’économie française est donc affecté conjoncturellement. Tout cela ne sera qu’un mauvais souvenir si l’économie repart à bon rythme en 2021.

Le niveau d’endettement de la France est-il atypique par rapport à celui des autres pays dans le contexte actuel ? Plusieurs pays présentent déjà un niveau d’endettement supérieur aux 115% de PIB prévus pour la France en 2020 : le champion est la Chine avec une dette représentant 300% du PIB, puis vient le Japon avec 250% … En Europe, la Grèce, l’Italie et le Portugal étaient au-dessus de 115% avant la crise (respectivement 176%, 136% et 118%). La dette mondiale se monte à 255.000 Milliards de dollars, soit 300% environ du PIB mondial, dont 15% pour la Chine ! On reste donc à des niveaux connus par des pays dont les économies semblent solides.

Sur un plan historique, il est vrai que depuis la fin du XIXème siècle, la dette française n’a dépassé les 100% du PIB qu’à deux reprises : lors de la crise de 29 (145%) et au moment de la seconde guerre mondiale (155%). Observons que l’injection massive de capitaux qui a suivi la guerre a conduit à une période de croissance de 30 ans (les trente glorieuses), jusqu’aux années 80.

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Enfin, si l’on compare les niveaux de réponse des autres pays du monde à la crise, on peut noter que les Etats Unis estiment que leur dette fédérale passerait de 80 à 100% du PIB, tandis qu’en Europe l’Allemagne irait de 61 à 75%, et l’Italie de 136 à 156% du PIB. La France verrait sa dette augmenter de 99 à 115% du PIB, évolution qui reste proche de celle de ses voisins européens.

Les comparaisons à la fois historiques et internationales nous montrent donc que le niveau d’endettement atteint par la France parait proportionné à la crise et cohérent par rapport à celui d’autres pays. Pour autant, doit-on en conclure que les choses en resteront là et que nous sommes sortis d’affaire ? Rien n’est moins sûr.

 

Une dette qui devra probablement s’accroître encore pour installer par des politiques d’investissement ambitieuses les conditions d’une meilleure résilience face aux crises

Nous pourrions assumer le niveau d’endettement prévu pour 2020, et être rassurés sur notre capacité à rembourser sous réserve que:

  • L’économie reparte avec une croissance de plusieurs points de PIB dès 2021;
  • Les taux d’intérêt restent durablement bas (et donc la charge de la dette faible).

Les économistes semblent s’accorder pour considérer que les taux pourraient rester encore très bas, sous l’impulsion notamment des banques centrales, mais cela dépend aussi de la confiance que les marchés accorderont aux programmes de relance des Etats. Ce qui pose question est la capacité de rebond de nos économies, avec des niveaux de croissance significativement supérieurs à ceux connus ces dernières années (quelques pointes à +2,2% en 2011 et +2,3% en 2017 … +1,7% en 2018 puis +1,1% en 2019). La question même de l’opportunité d’une croissance forte se pose dans un contexte où la nécessité d’une consommation plus raisonnée et frugale pour mieux gérer nos ressources rares gagne du terrain.

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Pour que le rebond soit possible, il faut que les dépenses additionnelles liées au virus soient derrière nous : or, nous savons déjà qu’il faudra du temps pour disposer d’un vaccin et de traitements. On voit donc que des moyens financiers additionnels vont être nécessaires au-delà de 2020, pour financer la poursuite de la lutte contre la pandémie.

Mais il faut encore aller au-delà pour accroître notre résilience face à des crises futures : nécessité d’une relocalisation de la production d’éléments vitaux (masques, mais aussi médicaments, denrées alimentaires …), développement du télétravail et évolution des modes de transports, relocalisations …

Il y a ensuite une troisième dimension de nos besoins d’investissement, qui prendrait en compte d’autres risques que le risque pandémique, et notamment le risque climatique, et nous conduirait à réaliser de façon volontariste des investissements « verts ».

Nous allons donc avoir des besoins financiers additionnels et la dette est un instrument adapté pour lisser le poids financier d’investissements de long terme.

 

La dette, un moyen au service de l’installation dans notre pays d’une croissance durable

La dette que nous avons contractée est donc d’un niveau correct face à des enjeux de court terme, mais insuffisante pour accompagner la période qui vient.

Des voix s’élèvent en réclamant qu’elle soit effacée, ou du moins transformée en une dette perpétuelle qui ne peut être portée que par la Banque Centrale Européenne désormais seule en position d’émettre de la monnaie. Cette solution est à regarder car elle éviterait de faire peser sur les générations futures le prix immédiat de la crise. Elle parait logique sur le plan économique s’agissant d’une « perte d’exploitation » et non d’un investissement pour le futur. On peut regretter que le risque pandémique ne puisse être couvert par des solutions d’assurance, comme celles déjà mises en place pour les catastrophes naturelles, et il faudra y remédier pour le futur.

On ne pourra pas en rester là : un endettement complémentaire sera nécessaire pour investir. La dette retrouve dans ce contexte son rôle premier : étaler dans le temps la charge financière liée à la construction du futur. La dette n’est pas un mal en soi, mais un outil financier au service d’une perspective qui doit s’inscrire dans la durée : cette crise nous offre d’une certaine façon l’opportunité de mettre la finance au service de notre projet collectif.

 

Références d’articles :
La théorie monétaire du bonheur
Coronavirus : d’où viennent tous ces milliards des plans de relance ?

Crédit photo : Shutterstock

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